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La colère du prince des Croyants (paix sur lui) face à la peur et à la tiédeur des gens de Koufa

Ce sermon fut prononcé pour mobiliser les habitants de Koufa contre les Syriens (les partisans de Mu’awiya). Il y réprimande d’abord les gens pour leur négligence et leur manque d’ardeur au combat (jihad) et dans leurs devoirs religieux. Puis, il énonce les droits mutuels : ce que le peuple doit au gouvernant, et ce que le gouvernant doit au peuple.

L’Imam (paix sur lui) a dit :

« Je suis las de vous réprimander. Malheur à vous ! À force de vous blâmer, j’en suis épuisé !

Vous êtes-vous donc satisfaits de la vie éphémère d’ici-bas au lieu de la vie dernière ? Avez-vous choisi l’humiliation et la misère plutôt que la gloire et l’honneur ?

Chaque fois que je vous appelle au combat contre l’ennemi, vos yeux tournent dans leurs orbites, figés par la peur. Comme si la mort vous étreignait et que les derniers instants de votre vie vous faisaient perdre la raison. Vous êtes comme des ivrognes incapables de répondre, hagards, perdus, comme si vous aviez perdu l’esprit et ne compreniez plus rien.

Jamais, non jamais, je ne placerai ma confiance en vous. On ne peut s’appuyer sur vous pour repousser l’ennemi. Vous n’êtes pas une tribu noble vers qui on tendrait la main en cas de besoin. Vous ressemblez à des chameaux sans berger : dès qu’on les rassemble d’un côté, ils se dispersent de l’autre.

Par Allah ! Vous êtes un bien mauvais brandon pour attiser le feu de la guerre contre l’ennemi. On élabore des plans contre vous, mais vous êtes incapables d’en ourdir contre eux. L’ennemi vous attaque, s’empare de vos villes, et vous ne vous en indignez même pas !

 

L’œil de l’ennemi ne dort pas, guettant l’occasion de vous attaquer, tandis que vous restez insouciants et négligents. La défaite est le lot de ceux qui cessent de s’entraider.

Par Allah ! Je crois fermement que si la guerre s’intensifiait et que l’ardeur brûlante de la mort vous touchait, vous fuiriez autour du fils d’Abû Taleb (c’est-à-dire de moi) comme la tête que l’on trancherait.

Par Allah ! Celui qui laisse l’ennemi dominer sa propre vie, au point de lui dévorer la chair, briser les os et arracher la peau, celui-là fait preuve d’une faiblesse extrême, d’un cœur terriblement fragile et lâche. »

Puis, à la fin de son discours, le prince des croyants (paix sur lui) ajoute :

« Ô toi qui m’écoutes ! Si tu souhaites être aussi veule et impuissant qu’un tel homme, alors soit !

Mais moi, par Allah, je ne renoncerai pas. Avant que l’ennemi ne prenne l’avantage, je le frapperai de mon épée dégainée d’un coup tel que les morceaux de son crâne voleront en éclats, et que ses bras et ses pieds seront tranchés. Après quoi, advienne que pourra, ce que Allah veut.

Ô gens ! J’ai des droits sur vous, et vous en avez sur moi. Vos droits sur moi sont : que je ne vous prive jamais de mon sincère conseil, que je dépense le trésor public (Bayt al-mâl) pour vous, que je vous enseigne afin de vous sauver de l’ignorance, et que je vous éduque pour que vous appreniez.

Quant à mes droits sur vous, les voici : restez fidèles à votre serment d’allégeance (bay‘a) envers moi ; ne manquez jamais à la sincérité, que ce soit en ma présence ou en mon absence ; répondez à mon appel chaque fois que je vous convoque ; et obéissez-moi chaque fois que je vous donne un ordre. » [1]

 

Source :
[1] Une partie de ce sermon a été rapportée par Tabarī dans son Histoire ; Mustadrak wa Madārik Nahj al-Balāgha, page 242.

Ibn Abī l-Hadīd dit : « L’Imam (paix sur lui) a prononcé ce sermon après la fin de l’affaire des Kharijites à Nahrawān. » (volume 2, page 192)
Certains ont dit : « L’Imam (paix sur lui) a prononcé ce discours après son retour de la guerre contre les Kharijites, et en raison de la négligence de ses soldats à se préparer au combat contre les Syriens (les partisans de Mu‘āwiya). » (L’apparence même du sermon confirme cette opinion.) (Volume 2 d’Ibn Abī l-Hadīd, page 194)